Épisode 3: La chaussure (première partie)

          Un bail que je ne vous ai plus raconté mes mésaventures. D’ailleurs je suis certaine que quelque chose de vilain va m’arriver aujourd’hui. Parce que ça fait un bon bout de temps que je n’ai plus porté cette ballerine, ma préférée d’ailleurs, et que la dernière fois que je l’ai mise il m’est arrivé quelque chose de pas drôle- bon avec le temps je trouve ça drôle mais je puis vous assurez qu’au moment où cela m’est arrivé je ne trouvais pas ça drôle mais alors pas du tout.

On a tous une paire de chaussure que l’on affectionne particulièrement, celle-là qui nous met directement de bonne humeur lorsqu’on la porte. Celle qui nous donne toujours l’impression d’être super bien habillé. Eh bien pour moi c’est une ballerine noire toute simple en daim.

Cet après-midi-là j’étais sortie avec Constantine une autre de mes amies. Elle avait rendez-vous avec quelques-uns de ses amis dans une taverne du coin et elle m’avait demandé de l’y accompagner. J’avais accepté sans hésitation d’autant plus que c’était un dimanche, il faisait beau au dehors et rien ne m’empêchait d’y aller. De plus, j’aimais bien Georges (j’aimais vraiment bien Georges, beau, grand, drôle) et Athanase, il n’y avait que Medjo (une de ses amies) que je n’aimais pas du tout et qui me le rendait bien .
Medjo était le genre de personne avec la langue bien pendu, toujours à s’occuper de la vie des autres, je me suis toujours demandée comment est-ce que Constantine faisait pour être amie avec un pareil personnage. Cette fille, Medjo, portait tellement bien son nom d’ailleurs car dans ma langue maternelle ce dernier signifie « les problèmes ». Oui cette fille aimait bien causé des problèmes aux gens, surtout à moi.

          J’étais arrivée à la taverne avec Constantine, nous étions toutes les deux vêtues de jeans et de t-shirts. Elle avait une sandale plate dorée qui mettait en valeur sa pédicure et moi je chaussais mes ballerines préférées. Georges (le beau Georges ahahahaha), Athanase et Medjo nous y attendaient déjà, ils étaient attablés au fond de la salle, ça sentait bon la viande et le poivre, c’était également assez bondé et il y avait beaucoup de bruits. Les gens riaient aux éclats, trinquaient tout en se goinfrant de gros morceaux de viande. Nous nous étions salués de bises amicales, je m’étais assise près d’Athanase et Constantine me séparait de Medjo. Athanase et Georges buvaient le matango, un vin local de couleur blanche au gout sucré et Medjo buvait un coca. La serveuse vint prendre nos commandes, à l’exception de Georges et de Constantine qui choisirent de manger le poisson « braisé » nous primes tous du poulet fumé accompagné de frites de plantains. Je choisis de ne boire que de l’eau et Constantine opta pour un coca. Quelques minutes plus tard, la serveuse apporta des plats encore fumants qui sentaient bougrement bon. Une belle soirée s’annonçait, l’ambiance était à la bonne franquette. Même Medjo qui était généralement d’un naturel antipathique s’efforçait d’être aimable cet après-midi -là. La nourriture était délicieuse, cette taverne était connue pour ses bons plats faits maison et à des prix très abordables. Le temps d’un après-midi, j’avais oublié que j’étais une éternelle poisseuse (et que j’avais foiré à mes exams) et je profitais pleinement du moment.

           Georges et Athanase sont de vrais comiques, à eux seuls ils peuvent animer une soirée entière sans pause. Blagues et pitreries étaient donc au menu, avec l’alcool qui coulait à flot (nous avions vite fait de remplacer nos boissons non alcoolisées par le Matango ce vin de fabrication locale).
– Alors Sam, parait que le dernier gars que tu as rencontré t’as fait marcher d’Etoudi jusqu’à la Cité-Verte déclara soudainement Georges alors que nous parlions des prouesses de notre équipe nationale féminine de football. Il faisait allusion à l’une de mes récentes mésaventures, rappelez-vous, l’histoire que j’ai appelé « le gars d’Etoudi »que je vous ai raconté la dernière fois.

       Un moment de silence passa puis nous éclatâmes tous d’un rire fou qui fit concentrer l’attention de toute la taverne sur notre table. Et Athanase d’ajouter :
– Le pire c’est que le gars en question lui a donné une pièce de 100frs pour prendre le taxi. 100frs vous vous rendez compte ? C’est pire que de la moquerie.
Un autre fou rire s’empara de notre groupe.
– Il n’y a que Samantha pour vivre de pareilles mésaventures conclut enfin Constantine.
Nous continuâmes à rire jusqu’à ce que la serveuse vienne donner l’addition. Chacun régla pour sa consommation et nous nous dirigeâmes vers la porte de sortie. Il était 18h15 quand nous nous retrouvâmes sur le trottoir. Georges (le beau Georges) passa amicalement son bras autours de mon cou, puis il me demanda tout bas, chuchotant presque :
– Tu as prévu faire quoi de ta soirée ? Tu as quelque chose de spécial à faire ?
– Non, je n’ai rien de spécial à faire ce soir fis-je timidement.
– Eh ! dit-il au groupe. Il n’est que 18h, ça vous dirait qu’on aille chez moi et qu’on se fasse un « jamel Comedy Club » ou alors un partie de carte ?
Tout le monde, à l’exception de Medjo, accepta l’idée avec enthousiasme. La demoiselle se fit prier quelques minutes et accepta finalement d’être de la partie. Je dois avouer qu’elle avait été plutôt agréable à vivre ce jour-là et ça m’aurait chagriné qu’elle ne continue pas le reste de la soirée avec nous.
Nous avions donc pris un taxi pour Obili le quartier que Georges habitait. Ce dernier s’était montré très avenant durant tout le trajet et il n’arrêtait pas de me faire rire et était particulièrement gentil avec moi. Il faut dire que j’ai toujours craqué pour Georges et qu’il y a toujours eu un petit jeu de séduction entre nous. C’est le genre d’amis sur lequel on peut toujours compter, disponible et loyal. Bien que nous n’étions pas très proche-après tout c’est l’ami de Constantine pas le mien- c’était toujours un plaisir pour moi de le voir. Après 30 minutes à sillonner les rues de Yaoundé, nous arrivâmes enfin au lieu-dit « Texaco Obili ».
Georges habitait un petit studio dans un camp où il partageait une sorte d’atrium avec cinq autres personnes. Son chez-lui était constitué d’un petit salon jouxté par une minuscule kitchenette (c’est un pléonasme), une chambre aux mêmes dimensions que le salon et une petite salle d’eau. Comme l’espace était assez confiné et qu’il n’y avait pas de fenêtres pour aérer la pièce, ça sentait le renfermé. La décoration était assez minimaliste pour ne pas dire que son studio n’était pas très décoré (remarque il était tellement petit que s’il avait été décoré il aurait paru trop surchargé). Son séjour était fait d’un canapé, de deux fauteuils, d’une table basse, d’une petite télévision et d’un pot de fleur à l’angle à côté de la télévision. Et le détail le plus important pour le dénuement de cet épisode, une moquette rouge, vieille et défraichie mais une moquette quand même.
Vous êtes sans ignorer que les rues de Yaoundé ne sont pas des plus propres avec la poussière qui est souvent remplacée par la boue et la saleté de tout genre. Après avoir marché de la station-service où le taxi nous avait déposé jusqu’à chez Georges (il avait plu plutôt le matin donc nous avions marché dans de la boue) il paraissait tout à fait évident que nous ne pouvions entrer chez lui avec nos chaussures aux pieds, il fallait donc que chacun se déchausse. Nous nous étions alors déchaussés et étions entrés dans son salon. J’étais assise entre Constantine et Medjo sur le canapé, Georges occupait le fauteuil en face de moi et Athanase le fauteuil à côté de lui. Georges nous servit à chacun un jus d’orange. Medjo, qui était juste à côté de moi n’arrêtait pas de gesticuler.
– Qu’est-ce qui sent mauvais comme ça ? Demanda cette dernière en grimaçant.
– C’est vrai Georges, y a quelque chose qui ne sent pas bon chez toi ajouta Constantine.
« Oh non » pensai-je. Non non non non nooooooooon ! J’avais complètement oublié…
Medjo s’approcha de moi et déclara :
– C’est toi Sam, C’est toi qui sens mauvais. Oh làla Sam tu as les pieds qui puent.

         Je ne saurais décrire la honte qui s’empara de moi à ce moment-là. J’avais oublié en me déchaussant que cette chaussure avait le don de me faire puer des pieds à un niveau de puanteur inimaginable. Oh Non…
– Tes pieds puent tellement on dirait qu’un chat est mort dans cette pièce, ajouta cette peste de Medjo qui avait vite fait de redevenir le personnage antipathique que je lui connaissais.

        J’étais tellement gênée, vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point j’avais honte, après avoir flirté toute la soirée avec Georges je me ramassais une humiliation terrible chez lui.

           J’étais confuse, j’avais les pieds qui puaient atrocement. Je regardais Georges, Georges me regardait. Fixement.

                                                                                                                                    A suivre

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Gigi dit :

    😂😂😂😂😂😂😂😂😂😂. Miss pieds qui puent. Ahlala 😂😂😂😂

    J'aime

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