Episode 4 (Suite et fin): La malchance est pire que la mort

Episode 4 : La malchance est pire que la mort (suite et fin)

Dans mon pays, les gens disent souvent si tu n’as pas l’habitude de faire ou de manger quelque chose, il ne faut pas « surprendre » ton organisme avec la chose en question. Ce détail est important pour la suite de l’Histoire.

Gladys me tira rapidement hors de la salle de fête où j’étais devenue l’objet de toutes les attentions.

-Mais tu t’es pas mirée en sortant de chez toi Sam ?!

Le vent se mit à souffler en soulevant dans son passage quelques mèches de son tissage châtain.

-Mais bien sûr que si, je me suis mirée fis-je. Mais la lumière de ma chambre m’a trompée…

Il faisait un froid de canard à l’extérieur,  je me mis à grelotter. Je croisai mes bras au tour de ma poitrine pour me protéger en vain du froid. La lune était haute et pleine dans le ciel qui était étoilé. C’était une soirée magnifique. Gladys fit mine de réfléchir. Simone apparut derrière elle. Elle était belle, vêtue d’une simple robe droite bleu marine. Elle avait coiffé ses cheveux d’un chignon faussement négligé.

-Sam…Fit celle-ci en me voyant et en marchant d’un pas pressé.

-…

– Oh lala quelle entrée tu as faite ! Ta robe est…

-Complètement transparente je viens de m’en rendre compte, la coupai-je.

Elle s’arrêta et me fit une bise.

-Tu aurais quelque chose à lui prêter dans ta penderie ? Demanda Gladys.

-Allons voir ce qu’on peut faire pour toi ma chérie, répondit Simone en me tirant par le bras.

Nous passâmes par l’entrée principale, la salle de fête étant à une autre extrémité de la demeure. On entendait nos chaussures à talons claquer sur le sol en marbre. Nous montâmes l’escalier qui menait à l’étage et rapidement nous fumes devant la chambre de Simone. Elle était juste en face de celle de Michel, une boule d’amertume se forma dans ma gorge à cette pensée.

J’avais oublié que le dressing de Simone était digne de celui d’une célébrité. C’était tout simplement le rêve de toutes filles, on s’y perdrait facilement. Elle décrocha  une longue robe rose en mousseline.

-Tiens, fit Simone en me tendant la robe. Elle t’ira bien j’en suis sure.

J’opinai du chef et me déshabillai sans gêne devant Simone et Gladys. J’enfilai la robe. Elle était juste à ma taille, on aurait dit qu’elle avait été cousue pour moi.

-Wow, s’exclama Gladys.

Je me retournai pour contempler mon reflet dans l’immense miroir de Simone. De la bombasse en micro-robe transparente, j’étais passée à la déesse grecque. Le vilain petit canard venait de se transformer en un magnifique cygne. La métamorphose était époustouflante. J’en restais bouche bée.

-Eh bien tu es devenue aphone Sam, qu’est-ce qui t’arrive ? Demanda Simone. Je restais silencieuse un moment puis répondis :

-Tu es sure que tu veux me prêter cette robe ? Elle est… elle est trop belle…

-Te la prêter ? S’interloqua Simone. Bien sûr que non ma chérie… Elle est à toi je te la donne.

La robe était faite d’un voile de mousseline rose pale. Elle avait un décolleté assez plongeant aussi bien sur la poitrine que dans le dos. Elle était cintrée à la taille et balayait le sol de sa longueur ce qui me donnait une allure impériale.

Avant que je ne puisse répondre, Gladys m’avait déjà arraché la parole « Bon bon… c’est beau tout ça mais il faut qu’on y aille. En tout cas  Sam tu es superbe ». Elle s’était levée du tabouret où elle était assise depuis un bon bout et était venue nous rejoindre. Ensemble, nous rejoignîmes la salle des fêtes  attenante à la villa. C’est avec beaucoup d’appréhension que je fis une deuxième entrée dans cette salle. Celle-ci fut moins remarquée que la précédente, je passai même inaperçue je dois dire ; il me semble qu’on avait déjà vite fait d’oublier mon arrivée en toute transparence. Simone nous laissa pour aller saluer certains invités. Elle fut rejointe de Simon qui la tenait délicatement par la taille. Je regardai vers le buffet, Michel et sa petite-amie métisse n’étaient plus là. Rapidement, je balayai la salle du regard, aucune trace d’eux à l’horizon. Gladys et moi nous installâmes à une table où Claude était déjà assis. Deux couples partageaient la table avec nous et l’un d’eux avait un petit de garçon de 6 ou 7 ans. Je regardai le petit garçon, lui et moi étions les seuls célibataires à cette table. Le constat, à ma grande surprise, me fit sourire. Le père de Simone prit la parole et se mit à faire un discours. C’est à ce moment que j’aperçus Michel, il était assis à la table principale- celle de Simone et Simon et de leurs parents respectifs -toute son attention était portée sur son père.

Les parents de Simone avaient mi les petits plats dans les grands, non seulement ils avaient fait venir un service-traiteur mais aussi des serveurs et un barman qui tenait un bar en matériau démontable à l’angle de la pièce (et dire que ce n’était que là la fête donnée pour les fiançailles, je n’ose pas imaginer à quoi ressemblera le mariage). La décoration était digne d’un conte de fée, l’argenterie avait été sortie,  et chaque détails  de la soirée avait été minutieusement pensé.

Quand le repas fut servi puis dégusté – j’avais pour la première fois de ma vie mangé des crabes et je dois vous avoué que c’était un délice pour mes papilles, tout simplement succulents- et que le dj invita tout le monde à danser c’est au bar que je me refugiai. J’étais en train de boire un martini quand je sentis une présence à mes cotés. Je levai les yeux, c’était Michel. Il fit signe au barman de lui donner la même chose que moi et s’accouda sur le bar. Je mentirais si je dis qu’en le voyant je n’avais pas été troublée. Il avait prit du muscle et ce n’était pas pour me déplaire. Sa mâchoire se contracta (c’était un tic chez lui). Quand le barman lui servit son martini, celui-ci le but d’une traite et demanda un deuxième.

-Tu nous as fait une belle entrée tout à l’heure.

Je le regardais, fixement. Il faisait de même. Je restais silencieuse.

-En tout cas j’ai bien aimé le spectacle de ton anatomie. Mais je dois avouer que cette robe-ci te va mieux, tu es belle Sam…

Il but une gorgée du deuxième martini que le barman venait juste de déposer devant lui. Je ne savais quoi répondre, mon esprit était tourmenté par la haine, la déception et le désarroi. Et puis pour qui il se prenait à venir me parler ainsi, à me faire des compliments comme si de rien n’était ?

-Tu ne parles pas Sam ? Demanda t-il face à mon mutisme. Je suis désolé pour tout ce qui s’est passé entre nous Sam, j’ai conscience que les choses auraient dues être faites différemment…

Je restais de marbre puis tous ces sentiments furent remplacés par la jubilation. Je jubilais intérieurement qu’il me trouve belle, je jubilais de pouvoir garder mon silence et de ne lui offrir aucune réponse, car je sais qu’il n’ya pire sentiment que l‘incertitude. Dans mon cœur je dansais de joie, pour cette première victoire que je venais de remporter. Vous savez (fille comme garçon) quand vous revoyez un(e) ex qui vous a fait particulièrement souffrir et qu’extérieurement vous êtes au top, il y a une joie particulière que vous ressentez à l’idée que cette personne vous voit plus beau ou plus belle que jamais, que vous avez évolué dans votre vie et que vous vous portez bien. C’est un peu comme si vous narguiez cette personne de votre bonheur. Eh bien c’est ce sentiment qui m’habitait et qui me faisait jubiler intérieurement. Du genre « T’as vu connard ? Je me porte bien et je slay ».

-Écoute… Fit celui-ci, je voudrais que…

Il n’avait pas fini sa phrase que Gladys était venue me tirer pour la rejoindre sur la piste de danse. Nous échangeâmes un dernier regard avant que je ne fus enivrée dans une danse  qui se voulait endiablée. Nous dansions sur « La sauce » de l’artiste Reniss, un titre très populaire dans mon pays et Gladys et moi aimions particulièrement cette chanson. A la fin de la chanson, je jetai un coup d’œil en direction du bar, Michel n’était plus là. Je ne le vis plus le reste de la soirée.

Peu avant cinq heures du matin, j’étais rentrée chez moi et m’étais affalée dans mon lit avec ma robe de nuit sans me démaquiller, trop fatiguée avant de sombrer dans un sommeil léthargique.

Dimanche donc « au jour d’aujourd’hui » comme j’entends souvent les gens dire, je me réveillai dans les environs de treize heures en remerciant le Ciel que personne n’eut la mésintelligence de venir de me réveiller. J’étais encore lessivée par la nuit d’hier, dès lors que Gladys était venue me tirer pour la rejoindre sur la piste de danse, nous ne l’avions plus quitté jusqu’au lever du jour. Nous nous étions amusées comme des folles. Cependant, je détestais les lendemains de fête, la gueule de bois, la fatigue, l’impression d’avoir été écrasée par un grumier…C’était le revers de la médaille d’une soirée bien arrosée.

Quand je m’étais réveillée, je m’étais sentie lourde, bouffie, j’avais l’impression de peser une tonne. Ce n’était pas de bol pour moi. Je me sentais vraiment mal, j’avais la tête qui tournait  et l’impression qu’à chaque instant j’allais me mettre à vomir. Cependant, les souvenirs de la soirée me mettaient de bonne humeur. Je ne faisais que me faire la scène avec Michel devant le bar, comment j’étais belle et qu’il regrettait surement de m’avoir laissé, comment il aurait voulu que je parle, que je dise un mot mais que j’étais restée muette comme une image le laissant dans l’incertitude totale.  Comment j’étais partie danser avec Gladys le laissant planté là…J’étais assez fière de moi pour tout dire, dans mon cœur je me disais « dans ta face connard ». Si la soirée avait très mal commencé, je dois avouer que j’étais assez satisfaite par la tournure qu’avaient prises les choses par la suite.

Je me levai enfin de mon lit. Il fallait traverser la pièce à vivre pour pouvoir avoir accès à la cuisine. Et j’avais besoin de boire un verre d’eau. J’entendais des voix en provenance du salon et distinguai celles de ma mère et de mon père. Il y en avait une ou deux autres, mais je n’arrivais pas à les reconnaitre, surement les voisins m’étais-je dit en sortant de la chambre. Quand je parvins au séjour, je fus surprise de voir Simone et à ses cotés Michel. Ils affichèrent aussi une mine surprise, presque consternée. C’est ma mère qui la première prit la parole :

– Ta as oublié ton téléphone où tu étais hier, tes amis sont venus te le rendre. Mais je dis einh, fit celle-ci, tu as mangé le crabe n’est-ce pas ?

-Oui, répondis-je perplexe, pourquoi ?

– Mires toi un peu tu sauras pourquoi je te demande ça.

Sans adresser un mot à Simone et à Michel, je traversais le séjour pour me retrouver face au miroir qui était placé au dessus du vaisselier. J’avais de la peine à me reconnaitre, mon visage était tout bouffi comme si une armée de guêpes m’avait piqué toute la nuit et j’avais des plaques rouges partout sur la peau. Je m’étais découverte une allergie au crabe et je sentais le regard de Michel sur moi. J’étais loin de la déesse grecque que j’étais hier soir.

représentation sam Bouffie

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ndolo dit :

    Hahahaha

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  2. venessayatch dit :

    Trop bien😀😀😀

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    1. missjemenfoue dit :

      Merci😊😊😊

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