Episode 5: Rencontres Fortuites

Nous étions mercredi et j’allais enfin mieux. Après deux jours à m’être farcie les téléfilms de TF1 aux scénarios toujours semblables (la psychopathe qui tombe amoureuse d’un monsieur X et décide de tout faire pour le conquérir ou alors le psychopathe qui sort avec une femme, qui tue sa meilleure amie qui découvre qu’il est psychopathe- réflexion faite c’est toujours l’innocente meilleure amie qui finit six pieds sous terre- mais à la fin la femme en question réussit à s’enfuir aidée par le sheriff qui est par ailleurs amoureux d’elle-lui par contre il reçoit souvent une balle dans le bras), quoiqu’il en soit, le héros finit toujours bien et je regrette presque toujours le temps passé à regarder ces choses.

Bref assez de digression. Nous étions donc mercredi et Gladys était venue me rendre visite bien décidée à me faire sortir de la maison, remarque ça ne devait pas me faire de mal une petite sortie après cet affreux épisode de l’allergie au crabe et surtout après 3 jours sans mettre le nez dehors. Claude avait eu une promotion à son travail et donnait un repas qui se voulait chaleureux dans son appartement où Gladys passait une grande partie de son temps. Elle m’avait par ailleurs dit que ça allait être  un « petit truc simple », avec juste des amis très proches et quelques membres de la famille de Claude soit un maximum de quinze personnes.

J’aimais bien Claude, avec Gladys-Glagla- ils formaient un super couple et s’entendaient très bien. Vous voyez, ce genre de couple qui par moment vous pousse à croire en l’amour, aux âmes-sœurs et tout ce tralala à l’eau de rose, et des fois aussi vous avez juste envie de les déguerpir parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont parfois un peu niais dans le genre vieux couple. Toujours est-il qu’avec le temps je considérais déjà Claude comme un ami et il était une motivation suffisante pour que je sorte de chez moi.

-Simon et Simone seront-ils là ? Avais-je demandé même si ce qui m’intriguait vraiment c’était de savoir si Claude et Gladys considéraient encore Michel comme un ami proche au point de l’inviter au « petit truc simple ».

-Non, non. Les Sim’s (c’était ainsi que nous les surnommions affectueusement) sont en voyage en ce moment. Si ma mémoire est bonne je crois bien qu’ils sont partis pour Douala et ne reviendront que dans une semaine.

Gladys avait saisi la télécommande et, après un zapping bref, s’était arrêtée sur la chaine Trace africa où passait « Eloko yo » de Fally Ipupa. J’enchainais avec ce qui me préoccupait vraiment :

-Et Michel ? Est- ce que vous avez invité Michel ?

-Non fit celle-ci en accompagnant sa parole d’un mouvement de la tête. Puis elle ajouta : je te rappelle qu’il n’y a pas que toi qu’il a déçu l’an passé.

Je repensais tristement, en effet, ils nous avaient tous déçu.

Peu de temps après, Gladys avait pris congé et nous étions convenues à ce que j’arrive environs deux heures avant l’heure du petit truc simple pour l’aider dans les préparatifs c’est-à-dire 19heures.

En attendant 16heures, je regardais un téléfilm et m’endormi à la sixième ou septième minute. C’est l’arrivée de ma mère qui me réveilla.

-Je vois que ton allergie est complètement finie fit celle-ci en traversant la pièce chargée de diverses courses et en se rendant à la cuisine. Elle ressortit de là quelque temps après avec un verre d’eau. Elle le but d’une traite avant d’enchainer.

– J’ai oublié d’acheter le « djindja » (gingembre en français), le poivre blanc et le messep (je n’ai absolument aucune idée de l’équivalent français de cet herbe). Vas m’en acheter s’il te plait fit celle-ci en me tendant un billet de 500 Francs. Je pris le billet et me levai bien embêtée parce qu’elle venait d’interrompre ma petite sieste.

Généralement, en sortant de la maison, il suffit de marcher quelques mètres en prenant par la gauche pour trouver la dame des « condiments » mais, ce jour-là elle n’était visiblement pas là puisque son comptoir était fermé. Je dus donc aller un peu plus loin, gravissant une colline assez escarpée. Les herbes longeaient les deux côtés du chemin non goudronné. Je vis enfin une vielle femme endormie sous un parasol. Quelques tomates défraichies, étaient présentées sur son comptoir qui ne brillait pas de propreté. Quelques herbes aromatiques séchées dormaient paresseusement aux côtés des vieilles tomates. Elle sentit ma présence et se réveilla. Elle me regardait, comme pour me signifier que je venais d’interrompre un moment précieux de sa vie.

-Je voudrai le djindja de 200 Francs, le poivre blanc de 200 francs et le messep de 50 francs.

-Il n’y a pas le messep, fit celle-ci nonchalamment en prenant le billet que je lui tendais.

Elle me remit un paquet fait de papier journal et une pièce de 100 francs.

Je me retournai et commençai à marcher. Un vent agréable soufflait en ma direction. Tout en marchant, je repensai à Michel, à notre rencontre à la soirée chez Simone  et à notre rupture. Mais comment est-ce qu’il avait pu me faire…

Je fus interrompue dans mes pensées. Je venais de traverser un énorme chien du genre cerbère et je sentais qu’il m’observait. Je me retournai. Le monstre me fixait avec un regard carnassier. De la bave coulait de sa gueule. Puis, soudain, il se mit à aboyer. Je pris peur et me mis à courir. Pendant ma course, je me retournai, le monstre s’était lui aussi lancé dans une course à l’Homme. Mon cœur battait à tout rompre, je courrais le plus vite possible, comme si la mort était à mes trousses mais je sentais que l’animal gagnait du terrain, je le sentais si proche de moi. En désespoir de cause, je sautai dans l’herbe qui bordait la route. J’atterris dans un trou d’une profondeur minime mais je m’écorchai quand même le bras au passage. Peu à peu, les aboiements du cerbère se firent lointains et je sortis de ma cachette, la peur dans le ventre. Quand j’arrivai à la maison je trouvais ma mère affalée dans le canapé. Elle me fit savoir que je lui avais fait perdre du temps et ne remarqua même pas mes égratignures et mes vêtements abimés. Je fonçai dans ma chambre ou je sortis une robe droite noire en coton et un perfecto en cuir noir. Je posai également ma copie de channel sur le lit et dépoussiérai une paire de sandales plates dorées. Je pris une douche rapide et m’habillai. En guise de maquillage, je me contentai de mettre un peu de mascara et de gloss. En route, le premier taxi me transporta jusqu’à Texaco Omnisport. Claude y vivait dans un petit appartement d’une chambre. Je n’eus pas le temps d’appuyer sur la sonnette que Gladys avait déjà ouvert la porte d’entrée :

-Tu devais être là à 17 heures, tu as quarante minutes de retard, fit celle-ci en guise de salutation. La porte claqua derrière moi.

-J’ai eu une journée affreuse, tout à l’heure un chien ma poursuivie, j’ai dû sauter dans les herbes, je me suis écorché le bras et ma chemise s’est déchirée.

-Hein ? Demanda celle-ci en se précipitant vers la cuisine. J’essayais de la suivre. Elle continua en déposant un saladier plein de chips sur la table basse qui régnait au milieu d’un petit salon en cuir noir. « Je ne comprends rien à ton histoire » conclut-elle enfin avant de reprendre le chemin de la cuisine.

-Bref, ma poisse habituelle. Dis-je lasse sans vouloir lui raconter l’histoire depuis sa genèse.

Ensemble, nous disposâmes poulet pané, poulet frit, frites de pommes et de banane-plantains et émincés de bœuf dans de moyennes assiettes avant de disposer les plats en une pile à l’extrémité de la table. Je vais me régaler pensais-je lorsque nous eûmes achevé de disposer le buffet. Il était 18h 40 quand nous nous installâmes dans le petit salon. L’une face à l’autre. J’ôtai ma veste car il commençait à faire chaud et Gladys, en voyant les traces que j’avais sur le bras, s’exclama :

-Mais qu’est-ce qui t’est arrivé Sam ?

-Comme j’essayais de t’expliquer tout à l’heure, j’étais en route quand un gros et laid chien a commencé à me poursuivre. J’ai dû sauter dans les herbes pour…

Je n’avais pas fini ma phrase que Claude avait ouvert la porte d’entrée. Il me salua dans un murmure, il affichait une mine grave. Gladys alla le rejoindre dans sa chambre quant à moi, je remis ma veste. Même si j’avais chaud, je n’étais plus d’humeur à raconter cette histoire de poursuite par un chien à qui que ce soit. Gladys et Claude mirent assez de temps dans la chambre, j’entendais des chuchotements, comme des murmures des personnes qui essaient tant bien que mal de se disputer discrètement. Gladys finit par sortir de la chambre une bonne quinzaine de minutes plus tard. Elle avait l’air tout à fait énervée.

-Qu’est ce qu’il y a ? Demandai –je avec le ton grave qui seyait à la situation.

Celle-ci soupira et déclara bas :

-Je te raconterai tout à l’heure. Tiens, fit elle en prenant un billet de 5000 sur la table à manger et en me le tendant, s’il te plait vas chez le sénégalais et tu achètes une palette de jus, je crains qu’il n’y ait pas assez.

Je pris le billet qu’elle me tendait et me levai. Elle ajouta enfin :

-Je vais prendre une douche avant que les premiers invités n’arrivent.

Je pris la direction de la porte d’entrée et l’ouvris. Ensuite, je descendis l’escalier qui menait au rez-de-chaussée tout en me refaisant la scène de tout à l’heure. L’entrée de Claude avec une mine grave, Gladys qui l’avait suivi dans la chambre, la dispute en murmures, Gladys qui était revenue au salon avec une mauvaise mine. A force de penser, je manquai de peu de me prendre un poteau en pleine figure. J’arrivai enfin chez le « sénégalais » qui en réalité était malien mais que tout le monde avait affublé de cette nationalité car ici on considérait tous les ouest-africains néo-soudanais comme des sénégalais.

Je montai l’escalier qui menait à l’appartement de Claude, presque haletante. J’entendais des éclats de rire en provenance de son appartement, la bonne humeur était donc de retour chez Claude. J’ouvris donc la porte en essayant directement d’intégrer la conversation :

Mais qu’est-ce qui vous fait rire de la sorte ? On vous entend jusqu’…

Je n’avais pas fini ma phrase qu’un couple se retourna sur moi. Je lançai un regard d’incompréhension à Claude, celui-ci me le rendit en soulevant les épaules. La fille était belle, elle était vêtue d’un pantalon de mousseline ample de couleur saumon et d’un top blanc tout simple. Le garçon portait un jean et une chemise blanche. Il avait plié les manches de sa chemise pour se donner une allure décontractée. Ils étaient tellement bien assortis.

-Bonsoir, lança finalement le garçon.

Il y eut un  moment de flottement avant que je ne réponde :

-Bonsoir, fis-je presqu’en murmurant.

Je me mis soudain à avoir chaud. Mais qu’est-ce qu’il foutait là ? Gladys m’avait pourtant assuré qu’il n’était pas invité. Et puis c’était quoi ce sourire narquois que sa petite-amie me lançait ? J’étais tout simplement décontenancée, j’avais en quelque sorte perdu mes moyens, j’étais devenue aphone tellement je ne m’y attendais pas.

La fille métisse continuait à afficher son sourire narquois et purée qu’est-ce qu’elle était belle cette fille.

Claude affichait une mine gênée. Michel quant à lui continuait de me dévisager.

 

 

A suivre…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s