Episode 5 : Rencontres fortuites (suite et fin)

Gladys finit par rompre le silence en m’invitant à la rejoindre à la cuisine. Je traversai le couple, en plus d’être belle et super stylée la petite amie de Michel sentait aussi bon. J’étais bien contente de laisser cette pourrie ambiance du salon. Je n’eus pas à parler qu’elle anticipa ma question :
– Oui Sam je sais que tu te poses des questions, je sais pas comment mais Michel a été mis au courant de la petite fête de Claude. Il l’a appelé tout à l’heure juste avant que Claude ne rentre et s’est invité. J’avais l’intention de te le dire après ton retour de chez le Sénégalais mais ils sont arrivés plutôt que prévu.

-…

-Il n’a même pas prévenu qu’il viendrait accompagner.

Pendant ce temps, j’entendais des éclats de rire en provenance du salon. Dire que je n’avais absolument pas envie de revoir Michel était un euphémisme, surtout après l’épisode de l’allergie au crabe.

Gladys voyait bien mon désarroi mais restait muette, tout d’un coup je compris pourquoi Claude était rentré avec cette mine grave, la dispute en sourdine dans la chambre et la mine dépassée de Gladys.

-Bon de toute façon Yaoundé est une petite ville, déclarai-je, on est appelé à souvent se rencontrer puisqu’on côtoie les mêmes personnes et les mêmes endroits.

Gladys se contenta de faire une grimace.

-Bon allez, on va au salon décidai-je enfin.

Au salon, l’ambiance s’était détendue, trois invités, deux hommes et une femme, avaient rejoint Claude, Michel et la jolie métisse que j’avais juste envie de poignarder. Elle n’arrêtait pas de sourire à Michel et je détestais voir ses yeux pétiller de la sorte. Heureusement Claude et Gladys avaient pensé au vin blanc. Je me servais un verre et me mis en retrait. Un des deux  hommes vint me rejoindre, à peine il avait ouvert la bouche que je levai déjà les yeux au ciel d’ennui. Qui lui avait dit que j’avais besoin de compagnie et de bavarder ? Qui ? Je voulais juste boire mon vin tranquille dans mon coin en maudissant Michel et en souhaitant qu’une armée de chiens attaque sa petite amie. Une envie normale quoi.

Le vin m’aida à supporter la logorrhée de ce type au ventre bedonnant. J’étais à mon troisième verre quand il prit congé de moi. J’avais appris qu’il était un collègue de Claude et qu’il avait une fille, Stéphanie, Fanny ou Tiffany je ne me rappelais plus vraiment tellement j’avais été ennuyée par cette conversation. Le petit salon de Claude s’était rempli en un rien de temps, les gens parlaient aux autres sans difficultés. Puisque le buffet était constitué de choses plus ou moins légères et faciles à digérer, chacun y piochait à loisir sans se soucier de manger avec un couvert de manière formelle. A mon quatrième verre de vin tout mon stress était tombé et je profitais du moment sans trop me soucier de Michel. D’ailleurs de toute la soirée pas une fois il ne m’avait calculé. Il n’arrêtait pas de rire en lançant des regards affectueux à l’autre là. Il commençait vraiment à faire chaud et l’alcool n’aidait pas vraiment. Je troquais donc mon verre de vin contre une bouteille de coca qui passa moins bien que le vin. Claude en hôte qu’il était devait s’entretenir avec chacun des invités, Gladys s’était transformée en femme au foyer super occupée pour l’occasion du coup je me sentais un peu seule. Finalement, j’allais me réfugier sur le balcon où j’ôtai enfin mon perfecto. Je jetais un coup d’œil dans mon compte instagram quand quelqu’un poussa la porte coulissante qui menait au balcon. Une boule se forma dans mon ventre.

-Bonsoir.

-On s’est déjà salué répondis-je en croisant les bras sur la poitrine. Je me rendis compte de la symbolique de ce geste et les décroisai tout de suite après.

Michel restait silencieux, sa mâchoire se contracta. Je le fixais, comme pour le défier.

-Tu me traites d’une façon très impersonnelle… Comme si nous étions de parfaits inconnus.

Non mais vous y croyez, voilà le bon monsieur qui s’amène me dire que je le traite de façon impersonnelle c’était l’hôpital qui se fout de la charité. Je repliquai :

-Mais c’est que tu m’as largué d’une façon tout aussi impersonnelle Michel. Tu t’attends à ce que je saute de joie chaque fois que je te vois et que je fasse la bonne copine ? Tiens en parlant de copine fis-je en regardant à travers la porte vitrée, y a la tienne qui ne fait que nous dévisager. Il se retourna, la fille métisse nous fixait avec une moue entre la jalousie et la colère.

-Elle s’appelle Hildegarde.

Je pouffai de rire et ce rire-là était mon premier vrai rire de la soirée. Hildegarde. Je n’ai rien contre les allemands ou mieux les civilisations germano descendantes mais quand même Hildegarde avouez-le il y a mieux comme prénom. C’était de bonne justice, elle n’allait pas être belle, avoir Michel et aussi avoir un joli prénom. Hildegarde, ça rééquilibrait un tout petit peu les choses. Il y avait bel et bien une justice sur terre parce que porter Hildegarde comme prénom dans la vie de tous les jours ne devait pas être de tout repos.

Michel, qui avait compris pourquoi je riais déclara :

-Son père est allemand.

J’avalai la dernière gorgée de mon coca et repris mon air sérieux. Après tout j’étais supposée être plus froide que ça.

-Qu’as-tu eu au bras ? s’inquiéta enfin Michel en voyant mes égratignures.

-Rien de grave, j’ai été poursuivi par un chien. Bref…

-…. Ta poisse habituelle finit celui-ci comme s’il lisait dans mes pensées.

Il sourit et je lui rendis son sourire. L’ambiance devint moins électrique. Alors que je m’apprêtais à devenir sympathique le souvenir de notre rupture se fit présent dans mon esprit. Je suis sûre que vous vous demandez ce qu’il a bien pu me faire pour que je lui en veuille autant. Eh bien je vais vous raconter. Déjà je crois vous l’avoir dit dans les épisodes précédents qu’avec Michel nous avons eu ce genre d’amitié qui par la suite s’est transformée en amour et que nous avons été ensemble pendant quatre ans et je m’imaginais finir ma vie avec lui. Cependant les choses ne se sont pas tout à fait passées comme je l’avais imaginé.

Michel devait assister à un séminaire de formation d’une semaine dans la continuité de ses études à Lausanne en Suisse. Il avait pris une valisette qui contenait trois ou quatre jeans, trois chemises, cinq t-shirt, un pull, une veste et deux paires de chaussures. Juste assez,  vous l’aurez compris pour tenir pendant deux semaines. Ce n’était pas le premier séminaire hors du Cameroun auquel il assistait, il en avait déjà fait un au Bénin et un autre en Belgique. Naturellement je l’avais accompagné à l’aéroport, on s’était dit au revoir comme on dit au revoir à sa mère le matin sachant qu’on la reverra le soir de retour à la maison. L’avion avait quitté le tarmac et moi j’avais pris le taxi en direction de mon quartier. Le lendemain matin j’avais trouvé un message de lui qui me disait qu’il était bien arrivé, qu’il pensait à moi et qu’il m’écrirait à son réveil. Rien de bizarre jusque-là. Sauf qu’il ne m’avait plus écrit, à croire qu’il ne s’était jamais réveillé. Un jour était ainsi passé sans qu’il ne fasse signe de vie.  Jusque-là je ne m’inquiétais pas. Puis deux jours, puis trois jours. Ce n’est que  le quatrième jour qu’il avait publié une photo de lui sur Facebook. Il allait donc bien, était vivant et surtout s’était réveillé. J’avais inondé sa messagerie de messages qui n’avaient reçu pour seule réponse que la confirmation de lecture donnée en notification par le système de messagerie que nous utilisions.  Pendant plusieurs jours je n’avais  pas cessé  d’essayer d’établir des contacts avec lui. J’envoyais des messages de colère, d’angoisse, de supplication, d’incompréhension mais je n’obtenais pour seule réponse que la confirmation de lecture. Je me disais qu’à son retour de Lausanne il me donnerait une explication à ce comportement étrange cependant j’avais appris par sa sœur Simone qu’il avait l’intention d’y faire plus de temps que prévu et qu’il ne reviendrait pas avant un certain moment, personne n’avait obtenu plus de détails sur la durée présumée ou d’explications supplémentaires sur les raisons de ce prolongement, personne pas même Simone, ses parents encore moins moi. Ce sont ses différentes publications sur les réseaux sociaux qui me prouvaient que tout cela était bien réel, qu’il était bel et bien vivant mais avait décidé de ne plus me parler sans explication. Ce n’est que quatre mois plus tard que j’avais enfin reçu un message de sa part. Il me l’avait envoyé par la messagerie de facebook. Un message, court, impersonnel, comme si nous étions de parfaits inconnus et que nous n’avions jamais rien vécu ensemble. Un « Bonjour Samantha. Tu vas bien j’espère. Je suis désolé de  te le dire mais je ne peux plus continuer. C’est fini ».

Voilà comment il avait mis un terme à quatre ans de relation. Comme ça du jour au lendemain, sans crier garde, sans  qu’il n’y ait eu de signes qui auraient pu me préparer à ça. Il m’avait quitté comme ça, tout simplement. Je ne vous dis pas combien l’incompréhension m’a habité. C’est pourquoi je sais trop bien qu’il n’est pire sentiment que l’incertitude. Ça vous creuse, vous ronge, jusqu’à la moelle. Avec des questions qui ne cessent de défiler dans l’esprit « Qu’ai-je fais de travers ? », « Y a-t-il une autre ? », « Que s’est-il passé pour qu’il en arrive là ? ». Toutes ces questions n’ont jamais obtenu de réponses et quand je vais enfin mieux, que j’ai réussi à surmonter un deuil qui n’est jamais vraiment passé le bonhomme revient, un an plus tard et veut qu’on se parle comme si de rien n’était, comme si nous n’avions jamais existé, comme s’il n’avait rien fait de mal.

-Je crois que je te dois des explications.

Eureka ! Après un an Michel se rend enfin compte qu’il me doit des explications. Quand deux personnes se quittent, ce n’est jamais simple même si cela se fait d’accord-partie. Alors imaginez-vous lorsque comme ça, quelqu’un essaie de vous faire disparaitre de la sorte. Car laisser l’autre dans l’incertitude et l’incompréhension est une manière de le faire disparaitre.

-Gardes tes explications pour toi dis-je en portant mon perfecto et en me dirigeant vers le salon. J’y retrouvai Claude à qui je fis une bise d’au revoir avant de tirer Gladys vers la porte d’entrée.

-Je rentre, lui déclarai-je en ouvrant la porte. Celle-ci resta muette, ce n’est que lorsque nous fumes au rez-de-chaussée qu’elle osa enfin rompre le silence.

-Je t’ai vu au balcon avec Michel, vous parliez de quoi ?

-Il arrive et me dit qu’il me doit des explications. Bien sûr qu’il me doit des explications le connard mais après tout ce temps il peut se les garder.

-Mmm fit Gladys.

-Et puis c’est quoi cette manie qu’il a de toujours apparaitre quand il ne le faut pas.

Ma question évidemment était rhétorique et resta donc sans réponse. Gladys demanda :

-Tu es sûre que tu ne veux pas écouter ce qu’il a à te dire ?

-Oui, fis-je avec autorité.

Le ciel était étoilé, la lune était pleine, le vent était frais juste comme il faut et la circulation était à peu près fluide. Il faisait bon à Yaoundé, c’était une belle soirée que Michel venait de gâcher. J’avais pris un taxi qui avait vite fait de me laisser à mon quartier. Habituellement je descends au lieu-dit « Montée du Lycée » avant de prendre un chemin caillouteux jusqu’à la maison mais j’avais besoin de marcher un peu pour mettre de l’ordre dans ma tête. Alors j’étais descendu au lieu-dit « Diana Bar » et j’avais commencé à marcher avant de prendre un chemin, un chemin plus court en fait, qui devait me mener jusqu’à ma maison. Je me remémorais la scène avec Michel quand j’eu l’étrange sensation d’être observée. Je me retournai, deux silhouettes animales me faisaient face. Je reconnu le chien qui s’était lancé à ma poursuite plus tôt en journée. Je n’eus pas fini de penser que les deux cerbères s’étaient lancés à mes trousses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ndolo dit :

    Le chien était engagé a mordre Samantha 😂😂😂😂😂😂😂

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    1. missjemenfoue dit :

      Mdr en effet 😅😅

      J'aime

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