Un jour j’apprendrai à parler, en attendant laissez-moi décider si je parle ou pas

Il m’a toujours été reproché de ne pas parler. Ou du moins d’éviter certains sujets. Ça m’a souvent valu des foudres. Oh ne vous méprenez pas, je suis une personne très bavarde. Mais lorsque vient le moment de parler, silence radio. Je tombe dans une sorte de mutisme. Du coup les gens ne comprennent pas, cette façon que j’ai d’être aussi ouverte que fermée. Il y en a même qui m’en veulent, sans savoir que c’est plus fort que moi. Le combat que je vis à l’intérieur de moi-même pour pouvoir parler, pour pouvoir me raconter aux autres. Pour pouvoir mettre les mots sur les choses, et trouver la force de les dire.

Le problème c’est que, fondamentalement déjà il y a une certaine pudeur, ou une pudeur certaine, allez savoir. Je suis très pudique au sujet de certaines choses, je pense l’avoir déjà dit dans des billets précédents. Le problème aussi c’est qu’on nous demande de parler, d’expliquer des choses que nous même avons du mal à comprendre. Et parfois aussi ce sont les mots qui se jouent de moi, dans ma tête les choses se construisent et au moment de les sortir, les mots s’en vont en vacance et me laissent aphone.

Et puis il y a des choses que je ne sais pas dire, ou qu’il me faudra du temps pour dire. C’est comme ça et pas autrement, je n’y peux pas grand-chose. Alors quand je prends sur moi d’évoquer quelque chose, sachez que j’ai dit ce qu’il y avait à dire, et que je suis certainement allée chercher la force très loin. Je dirai peut être davantage plus tard. Ne cherchez pas à savoir plus, si je ne vous ai pas dit plus c’est que j’estime ne pas être prête pour le faire. Il y a des choses qui nécessitent du temps plus que d’autres, il y a des gens qui ont besoin de plus de temps que d’autres. Il y a des situations qu’on doit prendre le temps de digérer, d’accepter avant de pouvoir en parler. Je suis typiquement ce genre de personne, j’ai besoin de vivre les choses dans leur entièreté, avant de me lancer dans le processus de confession ou d’ouverture à l’autre. Ne me mettez pas la pression, l’effet sera de me renfermer d’avantage. Il est même possible que sur le coup de la pression je parle, mais je vous en voudrai, terriblement. Je vous en voudrai de m’avoir fait parler alors que ce n’était pas encore le bon moment ou alors que je n’en ressentais pas l’envie. Si vous connaissez des gens comme moi, ne les forcez surtout pas. Partant de mon expérience personnelle (chose rare, là je me pose en référentiel), si je sens la contrainte, le mutisme devient encore plus fort et les mots pour dire les choses s’en vont encore plus loin. Ou alors la confidence se fait mais elle se fait dans de mauvaises conditions, sous la force de la contrainte et entraine un fort sentiment de rancœur ou bien crée un fossé dans lequel tombera le prochain élan de confession.

La décision de se livrer est fondamentalement personnelle et le partage de soi est un acte de déchirement d’une coque. C’est un acte de renoncement, c’est renoncer à son entièreté. C’est prendre une partie de soi et la donner à l’Autre, sans être sûr de l’usage qu’il en fera. C’est un risque que l’on prend, de faire pénétrer l’autre dans notre intime. Il n’y a que l’envie de parler qui doit rendre la chose possible. Aucun évènement extérieur de devrait avoir une influence sur la décision. Comme j’aime le dire, ça n’a rien à voir avec le dehors mais tout à voir avec le dedans. Ça ne devrait rien avoir avec l’extérieur mais tout a voir avec l’intérieur. L’envie de parler doit murir et être portée à maturité. Il y a un germe qui doit vivre et éclore avant que l’ouverture vers l’autre ne se fasse. Il y a un intérieur qui doit se sentir prêt, qui doit se sentir prêt à être révélé et partagé. Il y a tout un processus qui est nécessaire et toutes ses étapes sont importantes. N’essayez pas d’accélérer le processus chez les autres. J’ai besoin de vivre les choses d’une certaine manière et de prendre le temps de les assimiler. De les comprendre, de trouver les mots et enfin de trouver une façon non seulement de les dire mais aussi la force de les dire. Parce qu’il faut beaucoup de force pour dire certaines choses. Il faut beaucoup de force pour se dire à soi-même certaines choses, encore plus pour les dire aux autres. Ne vous attendez pas à ce que les autres aient la même facilité que vous pour faire certaines choses. Vous n’êtes pas les autres, les autres ne sont pas vous. Certaines personnes ont besoin de plus de sécurité que vous, ne vous en offusquez pas. Ça n’a rien à voir  avec vous. Ne soyez donc pas autre chose qu’une oreille. Soyez juste une oreille le moment venu, lorsqu’on voudra bien que vous le soyiez. Il est également possible que sur un sujet ou un autre on ne fasse jamais de vous l’oreille. Ça arrive, ne nous en voulez pas.

Un jour je vais apprendre à parler, ce ne sera certainement pas jolie jolie. Parce que les choses qui prennent du temps a être dites ne sont jamais jolies, parce qu’il y a dans ma vie trop de choses qui n’ont pas été dites. Mais en attendant, laissez moi décider si j’en parle ou pas. En attendant, laissez moi décider si je suis prête ou pas.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Ndolo dit :

    ❤️…

    J'aime

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