Épisode 11: Plus de peur que de mal

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Note d’excuses:
Chers lectrices/lecteurs des Chroniques de Samantha M. cela fait maintenant plus d’un an que je vous ai laissé sur votre faim, sans nouvelles de Samantha M. pour ainsi dire. Pour être plus exact cela fait un an et cinq mois. C’était très long, j’espère n’avoir pas perdu votre engouement à lire les aventures de notre poisseuse préférée. Cependant comme je l’ai déjà dit plusieurs fois ailleurs et ici sur le blog, je n’étais malheureusement pas mentalement disposée à rédiger la suite de ses histoires et je tenais à vous dire que je suis désolée d’avoir fait disparaitre Samantha M, aussi longtemps. Aujourd’hui je suis disposée à partager avec vous la suite de ses chroniques.
Bonne lecture. Missjemenfoue

Mon cœur battait à tout rompre, je ne sais pas pourquoi mais j’avais un mauvais pressentiment.
– Asseyez-vous dit-il en déposant son téléphone face contre la table. Il croisa les bras et fronça les sourcils.
Je restais silencieuse, plongée dans une inquiétude qui n’avait pas d’explications. Après tout, sa secrétaire n’avait rien fait d’autre que me dire que « le chef veut me voir ». Mais poisseuse comme je suis je pouvais légitimement m’attendre à tout et surtout au pire.
– Norma, vous a certainement expliqué pourquoi j’ai demandé à vous voir, dit-il en se détendant. Il se pencha en arrière avant de regarder vers le plafond et de revenir vers moi.
– Non, dis-je timidement, elle ne m’a rien dit.
Il resta un moment silencieux avant d’enchainer avec un air très sérieux:
– Eh bien, ici nous pratiquons une politique de tolérance zéro à l’égard de certains comportements que nous jugeons intolérables. Nous voulons que notre personnel se sente à l’aise, alors nous n’admettons pas d’écarts, quel qu’ils soient.
Il s’arrêta de parler. Mon cœur se mit à battre encore plus rapidement, je n’arrivais pas à croire ce que j’entendais. Mais que me reprochait-on au juste? J’avais pourtant fait profil bas depuis mon arrivée dans cette boite, essayant de m’intégrer au reste de l’équipe. Mais là ce que j’entendais était tout simplement incroyable, une semaine que j’avais passé ici et je m’étais déjà fait des embrouilles.
Il reprit:
– Les comportements sexuels déplacés sont très répréhensibles…
Là, mon cœur tomba littéralement dans mon ventre. « Comportements sexuels déplacés », mais qu’est-ce que j’étais en train d’entendre là? Mais d’où est ce que cette histoire pouvait bien sortir? Moi, Samantha, avait eu un comportement sexuel déplacé? Incroyable, tout simplement incroyable. Une bouffée de chaleur s’empara de moi, je rêvais ou bien on était vraiment en train de m’assimiler à une délinquante sexuelle? Je n’avais pas la force de me défendre, je ne savais pas quoi dire. Jamais de ma vie on ne m’avait accusé de choses pareilles, j’étais sans voix.
– …Vraiment, nous mettons un point d’honneur à ce que nos employés puissent travailler dans un environnement serein, et nous sommes désolés si vous avez été victime des comportements déplacés de Clarence…
Quand il prononça cette dernière phrase, je passai d’un état d’étonnement à un autre. Ce n’était donc pas moi que l’on accusait, au contraire, on me prenait pour une victime. J’étais soulagée et en même temps perdue, qui était donc ce Clarence qu’on accusait de comportements sexuels déplacés? J’étais perplexe et curieuse de savoir ce que j’allais entendre par la suite.
– … Il a été mis à pieds et présentera probablement sa démission.
Il marqua un temps d’arrêt et me regarda longuement avant de reprendre:
– Vous semblez perdue, par ailleurs je pense que c’est la première fois qu’on se parle depuis que vous êtes ici n’est-ce pas?
Je sortis enfin de ma torpeur:
– A vrai dire je ne connais rien de cette histoire de Clarence, je ne sais même pas qui c’est.
Il parut étonné.
– Vous me voyez surpris, je pensais que vous faisiez partie de celles s’étant plaint. Ceci étant, vous êtes dorénavant au courant, n’hésitez surtout pas à vous plaindre si dans l’avenir un quelconque incident de quelque nature que ce soit se produit.
Il avait vraiment l’air grave et sérieux. Maintenant qu’il avait fini de parler, un silence s’était installé dans la pièce. Il était tellement différent de celui que j’avais rencontré quelques semaines plus tôt et grâce à qui j’avais obtenu ce stage.
Je n’avais pas eu vent de cette histoire de harcèlement sexuel, et je dois avouer que cela m’intriguait un peu. J’avais clairement manqué un épisode. Toujours est-il que mes craintes s’étaient dissipées dorénavant.
– Sinon, comment se passe votre stage? Vous êtes à votre aise ici ou bien?
Le fait qu’il me parle en me vouvoyant me faisait tout drôle. Lorsqu’il m’avait, il y a quelques semaines de cela, demandé de déposer ma candidature j’étais à mille lieux de m’imaginer que c’était lui le boss d’e-media. Je veux dire ce jour-là, dans son jean et sa barbe de trois jours tenant une bouteille de coca-cola, je ne pouvais pas savoir que celui que je prenais pour un potentiel futur « dragueur » serait aujourd’hui mon boss. C’était quelques jours après la fête chez Claude. Alors que j’étais en train de faire un message à Georges, je l’avais bousculé renversant le paquet de chips que j’étais venue acheter à la superette. Fort heureusement ma bouteille de vin blanc était restée dans mon panier. Il avait ramassé le paquet de chips et l’avait remis dans mon panier.
– Tu devrais faire attention, je suis sur que la personne à l’autre bout du fil peut comprendre que tu ne répondes pas instantanément lorsque tu fais tes courses.
Il me tutoyait comme si on se connaissait depuis toujours. Avec son jean, il portait un sweat-shirt gris et une paire de lunettes de geek sur le nez. Sous son sweat, ça se voyait qu’il faisait du sport.
– Désolée dis-je avec un sourire un peu crispé, les réseaux sociaux, génération tête baissée, tout ça, tu sais ce que c’est.
Je venais de ranger mon téléphone dans la poche arrière de mon jean. Son panier était plein de diverses choses: brosse à dents, lait de toilette, canette de bières, paquet de préservatifs, papier hygiénique. Je me dirigeai vers la caisse et il me suivit, mes achats faits, il me proposa de me raccompagner et je ne me fis pas prier. Il conduisait une petite berline impeccablement entretenue, ce qui contrastait avec son apparence un peu négligée. Durant le trajet, nous parlâmes un tout petit peu de nous, enfin, je parlai surtout de moi. Il posait beaucoup de questions et j’y répondais sans gêne. C’est ainsi qu’il apprit que je cherchais un stage et que j’avais un diplôme en lettres bilingues. Il m’avait alors conseillé de déposer ma candidature à e-media qui recrutait des stagiaires à cette période. Et quelques jours plus tard, me voilà qui était assise face à lui dans son bureau, à le voir autrement que le jour de notre rencontre.
Soudain, mon téléphone se mit à vibrer, c’était Georges qui appelait. Je renvoyai l’appel après avoir jeté un coup d’œil à l’écran. Il sourit et dit:
– Je suis prêt à parier que c’est le même gars que la dernière fois.
Je ne savais pas quoi répondre encore moins à qui répondre, à mon boss ou au gars sympathique qui m’avait raccompagné chez moi il y’a deux semaines de cela. Je me contentai de sourire puis dis:
– Le stage se passe plutôt bien, l’équipe est assez accueillante, je n’ai pas à me plaindre.
Il restait calme. Je regardai ses doigts, il ne portait pas d’alliance. Mon téléphone vibra de nouveau, ce fut plus court cette fois-ci, je venais de recevoir un message de Georges. Il sourit lorsque je rangeai le téléphone dans la poche de ma veste.
– Bien fit-il en regardant sa montre, c’est l’heure de la pause, allons manger en ville.
Je fis sortir mon téléphone de ma veste et regardai l’écran. Il était à peine 09 heures du matin.
– Il n’est que 09 heures lui dis-je en esquissant un sourire gêné.
– Oui, et?
– Ce n’est pas encore l’heure de la pause… Ajoutai-je en me redressant dans le fauteuil.
– Oui je sais mais j’ai faim et je n’ai pas envie de manger seul. Evidemment je ne peux pas vous contraindre mais ce serait assez gentil de votre part si vous acceptiez.
Je n’avais pas reçu de directives de mon superviseur quant à la journée et je dois avouer que la perspective de manger gratuitement en ville était plus intéressante que celle qui consistait à stalker les profils facebook de Georges et de sa petite-amie qui était peut-être son ex. En plus, c’était le boss qui le demandait, c’était donc de fait, presque une obligation.
– J’ai faim moi aussi, finis-je par déclarer.
En quittant le bureau, nous passâmes devant … qui me toisa. Le trajet dans sa voiture fut court et silencieux, il écoutait les informations qui passaient en boucle sur RFI. Nous nous garâmes devant un charmant café au quartier hippodrome.
J’étais assez surprise qu’à cette heure il y ait des clients. Nous nous installâmes à une table à un angle de la pièce. Le café était fréquenté par une clientèle très cosmopolite: un rastafari, quelques hommes d’affaires, deux femmes blanches dont l’une portait un très jeune enfant, un couple de vieillards et puis nous. Une serveuse vint nous donner le menu.
– Que prendrez-vous? Moi je prendrai un thé et une bonne omelette. Dit-il sans même ouvrir le menu.
Je parcouru rapidement le menu et lui dis:
– Je prendrai des croissants et un cappuccino.
– Je vous déconseille leurs croissants, prenez par contre leurs pains choco, de vrais délices. Tenez, j’en prendrai en plus de mon omelette.
Il fit signe à la serveuse qui vint prendre nos commandes avant de disparaitre.
– Sur quel projet tu bosses en ce moment? Demanda t-il après que la serveuse soit partie. Cette façon qu’il avait de me tutoyer ensuite de me vouvoyer était assez particulière. Puisque c’était mon boss, et malgré les circonstances de notre rencontre, je m’en tenais au vouvoiement.
– Je dois avouer que c’est le calme plat en ce moment, je n’ai pas grand-chose à faire. Du moins on ne m’a pas demandé de faire grand-chose.
Il parut surpris. La serveuse amena nos commandes. Son omelette sentait bon et les pains choco avaient l’air très appétissant.
– Curieux, dit-il en tenant sa fourchette, il y’a pourtant le projet avec la boisson énergisante Tingo qui est arrivé depuis une semaine. C’est d’ailleurs pour ça que je vous ai pris comme stagiaire, c’est un gros projet et j’ai pensé que vous seriez une bonne ressource. On a parfois besoin de gens comme vous qui n’ont pas beaucoup d’expériences. Ça nous fait approcher les choses sous des angles nouveaux. Il y eut un court silence puis il reprit: bon appétit, ils sont bons n’est-ce pas?
J’hochai la tête, ils étaient vraiment délicieux.
Il parla beaucoup, des projets passés et de ceux en cours, de Norma qui allait bientôt prendre sa retraite et du fait qu’il appréhendait le moment où il lui faudrait embaucher une nouvelle secrétaire parce que disait-il « Norma était ses yeux et ses oreilles », elle pensait toujours à tout et lui rendait la tâche plus facile. C’était assez mignon la façon dont il la dépeignait, on aurait dit qu’il parlait de sa mère. Remarque, Norma qui était la doyenne de la boite aurait effectivement pu être sa mère.
Avant 11h, nous étions déjà de retour au bureau, mon superviseur n’avait pas remarqué ma absence et je n’avais pas du tout manqué à l’autre stagiaire.
Toute la journée, mon téléphone ne cessa de sonner, c’était Georges qui voulait me joindre. Je ne décrochai pas, je n’avais pas envie de parler avec lui aujourd’hui, vraiment pas. A 15h, puisque je n’avais pas grand-chose à faire, je quittai le bureau pour rentrer chez moi. Il y avait de nouveaux épisodes de Mary Jane qui étaient sortis et j’avais hâte de les regarder vautrée dans le canapé, buvant un ou deux verres de vin blanc et maudissant Georges.
J’avais traversé un carrefour et m’étais arrêtée peu après pour stopper un taxi. Une voix masculine familière était en train de stopper la même destination que moi, je me tournai pour voir si c’était un voisin. Nos regards se croisèrent, c’était Georges. Il parut surpris.
– Qu’est-ce que tu fais ici? Et que vas-tu chercher dans mon quartier balbutiai-je.
– Puisque tu es bien décidée à ne pas prendre mes appels, je me suis dit que je passerais chez toi pour qu’on puisse parler de ce que tu penses avoir vu à la pizzéria l’autre jour.
Mais qu’est-ce qu’il était gonflé de penser qu’il allait passer chez moi comme ça et que j’allais le recevoir.
– Ah parce que tu crois savoir ce que je pense Georges? Tu lis donc dans les pensées maintenant?
Je m’apprêtais à enchainer avec d’autres questions lorsque je sentis quelque chose sur mes cheveux. De mes doigts je touchai puis regardai. C’était dégueulasse et ça sentait mauvais, on aurait dit… du caca, de la fiente! Un oiseau venait de me chier dessus alors que Georges essayait de m’expliquer je ne sais quoi.

A suivre

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Même dans tes fictions, le vin blanc fait toujours acte de présence. J’aime ton style. Tu sais captiver le lecteur. Espérons ne pas devoir attendre un an et cinq mois pour la suite.

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    1. missjemenfoue dit :

      Le vin blanc est incontournable! Il est partout même chez mes personnages 😁😁😁 merci et non non l’épisode 12 est presque prêt. Il sera partagé cette semaine croix de bois croix de fer

      Aimé par 1 personne

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